Le plus important dans l’art martial ?

Question légitime… qu’est ce qui compte le plus dans un combat: la force, la souplesse, la rapidité, la ruse, l’agressivité, le self-contrôle, l’adaptabilité, le timing… ? Les caractéristiques susceptibles d’être considérées comme étant déterminantes dans une situation martiale sont nombreuses.
De mon point de vue, toutes les qualités sont bonnes à prendre, bonnes à développer si l’on est assez avisé pour ne pas les opposer les unes aux autres mais qu’on les conjugue de façon à ce qu’elle se renforcent entre elles. Ainsi il est bon de développer sa force musculaire, mais en prenant soin que cela ne se fasse pas au détriment de sa souplesse.
De même, l’agressivité, et j’entends par cela: l’aptitude à maintenir constante l’attaque dans un combat (et non pas une disposition d’esprit proche de celle du chien dominant non castré qui incite son détenteur à mesurer sa force face à celle de tous ceux qui croisent sa route…), bref cette aptitude doit pouvoir cohabiter avec le self-control. Il s’agit de ne pas s’emballer ni d’attaquer aveuglément.
Il en va de même pour toutes les autres compétences martiales.

Une première réponse serait donc qu’il s’agit surtout d’apprendre à marier les qualités et à les concevoir dans leur complémentarité, en prenant conscience que tout miser sur un aspect des choses peut faire oublier les autres aspects.

Une seconde réponse, plus directe, serait celle-ci: la lucidité.
C’est la qualité (martiale) par excellence. Si l’on perçoit bien une situation, alors on aura une chance d’agir au mieux. Si l’on ne perçoit pas une situation, comment agir de façon appropriée? Notre sort dépendrait alors de notre chance.
Ainsi, il est important de bien évaluer ses propres compétences, ni de se dévaloriser, ni de se surestimer. Il est primordial de se connaître physiquement et mentalement. Si l’on sait qu’on va perdre son sang froid dans tel contexte… alors on peut éviter ce contexte, ou le modifier ; si au contraire on ignore ses faiblesses et que l’on se soumet à une situation qui va nous faire perdre le contrôle alors il se peut que l’on subisse les conséquences négatives qui découleront.
La lucidité s’applique en priorité à soi (car nous sommes le seul élément qui sera présent dans tous nos combats) et également à la situation présente. Bien jauger les adversaires, bien évaluer le lieu, le contexte, qu’est ce qui pourrait jouer en ma faveur, en ma défaveur… Il ne s’agit pas de se plonger dans une réflexion profonde au moment ou le conflit explose. Il s’agit d’exercer en permanence ses perceptions et son jugement pour que le conflit n’advienne pas ou qu’il advienne dans des circonstances qui nous sont favorables.

Le problème de l aïkido ?!

Eh bien l’aïkido n’a pas vraiment de problème. C’est un art à part entière qui permet de développer de fantastiques compétences martiales et d’opérer un véritable changement en soi. Mais alors… de quoi parlons nous et pourquoi ne plus enseigner uniquement l’aïkido ?
L’aïkido du fondateur, Ueshiba, était pratiqué par des experts martiaux, des personnes qui avait déjà un gros bagage et qui percevaient l’intérêt exceptionnel de cette nouvelle approche. Aujourd’hui, en France, les choses sont tout à fait différentes. Les pratiquants et les enseignants d’aïkido ne connaissent souvent que cela et l’état d’esprit de la pratique devient un problème.
Au cours de ces dernières années d’enseignement dans notre dojo à Labarthe de Neste et de pratique avec des centaines d’aïkidokas (je participai à une dizaine de stages par an, de la Bretagne aux Pyrénées…), j’ai réalisé à quel point l’absence de bases « classiques » était un handicap souvent insurmontable pour les pratiquants.
Selon moi, ce que permet l’aïki c’est de dépasser les conditions d’un combat habituel. L’aiki permet d’effectuer librement des atemis, des contrôle articulaires, des projections sans sombrer dans la crispation, la lutte, dans la confrontation où c’est le plus fort musculairement qui l’emportera. Pour percevoir cela, il faut avoir construit une certaine connaissance de ce qu’est un combat. Il faut savoir donner des coups, et ensuite se rendre compte que cela ne suffit pas. À ce moment là l’aïki prend tout son sens.
C’est pour cela que notre dojo évolue, nous ré-introduisons les bases « classiques » sans perdre de vue l’aiki.